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La Voix du Coach - Oana Juncu

| Écrit par Stéphane Wojewoda Suivre 8 Abonnés le 04 mars 2016. Durée de lecture estimée: 13 minutes |

InfoQ FR : Pourriez-vous vous présenter et expliquer à nos lecteurs votre définition de votre métier ?

Oana : Pour répondre, j'aurais besoin de savoir quelle est la définition que tu donnes au métier ? Est-ce lié aux diplômes ? A l'expertise ? A ce que je fais tous les jours ? Si je réponds à la dernière question, je dirais que je suis une sorte de facilitateur de type DJ : j'accompagne les organisations en écoutant comment elles réagissent. Je mixe des pratiques qui viennent de tous bords, de l'Agilité, Lean et Design Thinking au Neurosciences et Storytelling. Tout ce qui aide les gens à être fiers de ce qu'ils font et à enchanter leurs clients, est bon à mettre dans la compilation.

InfoQ FR : Pourriez-vous revenir sur votre parcours et ce qui vous a mené à votre pratique actuelle ?

Oana : Il y a plusieurs éléments, qui ensemble, créent le déclic qui m'a amené à ce que je pense utile à faire aujourd'hui. Du temps auquel j'ai été architecte système et architecte applicatif, très amoureuse de la beauté des concepts avec lesquels je jouais et de la perfection modulaire de ce que j'étais en train de mettre en place, j'ai eu un jour à répondre à quelques questions quelque peu déstabilisantes comme : "Et... notre client en bénéficie comment de tout ça ?"

Un autre défi a été mon évolution dans des environnements informatiques ou livrer à temps est clé. On ne livre pas les nouvelles applis en retard, car les événements que les dites applis sont censées servir, ont bel et bien lieu ; avec ou sans projets informatiques, leur plannings qui finissent en voeux pieux et leurs comités de pilotage à utilité discrète.

Ce sont ces deux pistes qui m'ont amené tout d'abord à l'Agilité et ses principes, dont j'ai fait une interprétation relaxée que j'ai toujours en tête : construire des produits utiles pour les utilisateurs en reconnaissant et valorisant les contributeurs à cette construction. C'est la fondation dont j'ai tiré les autres domaines auxquels je me suis intéressée : User Experience, Lean Startup, DevOps, Lean Thinking, coaching, sciences cognitives, l'art de la narration.... et ce n'est pas fini.

InfoQ FR : Concrètement, comment se traduit votre métier au quotidien ? Qu'est-ce que vous faîtes ?

Oana : J'accompagne des gens dans leurs interactions afin que ces interactions soient réjouissantes pour eux et qu'ils aient un résultat à la clé dont ils soient fiers. Quand j'arrive dans une mission, j'écoute l'organisation. Je demande la permission pour travailler en mode coaching. Je ne pense pas que nous pouvons travailler comme coach sans l'accord de ceux que nous sommes censés coacher. En fonction du profil des équipes avec lesquelles je travaille, je facilite une série d'ateliers ou tous ceux impliqués contribuent à faire émerger le changement qu'ils souhaitent.

Plus dans le dur, j'ai une offre spécifique d'accompagnement de ce que j'appelle "Product Ownership" ( et pas Owner), car toutes les parties prenantes qui contribuent à un but commun, la réalisation d'un produit utile pour leur client. Je déploie cette offre en impliquant les métiers de but en but : du marketing à la production (informatique), en passant par les ressources humaines. Si l'organisation ne trouve pas un sens commun, on construit une Tour de Babel. Je ne m'attarde pas sur l'état de complétude de cette tour depuis que la construction a commencé et jusqu'à nos jours...

Et je m'intéresse aux managers dans leur rôle de "system designer" pour leur organisation. Une organisation peut être changée si on l'écoute et on voit quelles sont ses limites. Je crois que le changement viendra en actionnant sur ces limites insoutenables ; on la pirate en quelque sorte.

InfoQ FR : Quelles ressources mobilisez-vous dans votre pratique ?

Oana : Tout ce qui est lié à la pensée créative, des chapeaux de la pensée de DeBono jusqu'aux Design Thinking et les ateliers de résolution créative des problèmes avec Lego Serious Play. En passant par le théâtre d'improvisation, bien sûr.

J'aime beaucoup les techniques qui s'appuient sur l'encouragement de la pensée positive, car cela bonifie le mode de fonctionnement de notre cerveau comme Solution Focused et Appreciative Inquiry.

Un des éléments les plus puissants que j'aime pratiquer et apprendre est l'écoute. Nous écoutons très peu, tout en croyant que nous écoutons. J'aime beaucoup cette citation "Nous écoutons pour répondre, non pas pour comprendre".

Je suis aussi très influencée par la TheorieU, un modèle que je trouve très proche de l'approche Design Thinking appliquée au développement personnel, des entreprises et de la société en général.

InfoQ FR : Quelles sont vos plus belles réussites et échecs ? Qu'en avez-vous appris ?

Oana : Commençons par les plus belles réussites : Des individus avec des domaines d'expertise différents qui enjambent les murs des silos décrits dans leurs objectifs d'entretiens annuels pour aller comprendre les besoins et les contraintes des autres, et découvrir que travailler ensemble fait avancer tellement plus vite. Et que, de surcroit c'est réjouissant de pouvoir se dire entre utilisateurs clé, responsables métier, product managers, marketing, développeurs, testeurs, intégrateurs, la production et autres pilotes dans l'avion : "Nous l'avons fait ! Et même pas eu besoin de passer notre vie au boulot pour que ça se fasse !"

Pour ceux qui sont friands d'indicateurs de succès et croissance acute de performance, je dirais que le succès est dans le résultat accompli : ça marche ? Les utilisateurs sont contents ?... Et dans les signaux faibles transmis pas l'attitude et le changement de comportement qu'on peut observer.

J'ai quelques anecdotes qui ont beaucoup de valeur pour moi. En voici une : J'accompagnais plusieurs équipes d'un client dans l'implémentation de l'Agilité. Un jour, le manager du département dont un des projets se déroulait et moi-même avions rendez-vous pour déjeuner. Nous nous sommes croisés dans son bureau ; le manager s'est levé et m'a dit : "J'arrive". Je me suis avancée dans l'escalier, et j'ai attendu un bon moment. Je me suis dit : "C'est étrange, il était en train de sortir de son bureau...". Je suis revenue sur mes pas. J'ai trouvé mon futur partenaire de repas en train d'expliquer à un de ses pairs, en faisant des larges gestes sur un mur du couloir : "Alors, l'équipe s'organise pour découper les besoins afin qu'ils soient assez simples, ensuite ils définissent ce qu'ils vont faire pour la prochaine semaine. Ils mettent ces besoins sur des post-its et les font avancer sur un tableau au mur au fur et à mesure. C'est vachement bien, je peux passer dans leur bureau regarder ou ils en sont, sans les embêter à leur demander des comptes et faire perdre leur temps."

Ceci a été un moment réjouissant pour moi. Je me suis dit : "Voilà mon agent de changement !". J'en ai une autre avec un responsable de production qui descendait fumer.... Mais non, je ne vais pas raconter toutes mes histoires signe de succès. Mais elles me sont très, très chères. Comme celles des échecs, d'ailleurs.

Un échec juste après un très gros succès n'est pas chose rare, car on pense (et moi la première !) qu'on est les rois de la réussite. Et bien, la réalité se fait un plaisir exquis de nous rappeler que dès qu'il s'agit des interactions humaines, nous ne sommes rois de rien du tout. Et le plus gros piège est la déception, car après une belle réussite, les attentes sont dans la stratosphère.

C'est à partir d'un échec que j'ai construit mon modèle d'adoption que j'ai appelé "l'adoption du changement, du Jean Valjean, à Javert" : l'essence de ce modèle dit qu'on ne peut pas pousser des changements aussi disruptifs que l'Agilité sur la tête de tous. Par exemple, il faut faire attention si on demande aux personnes qui sont garantes du système d'être aussi des agents de changement. Attention aux demandes insoutenables qui peuvent aller à l'encontre des valeurs de certains acteurs impliqués. Tous le monde a droit au respect. Les gens qui ne sont pas d'accord avec nous jouissent aussi de ce droit.

InfoQ FR : D'après vous, où pourriez-vous progresser dans votre pratique et comment comptez-vous y arriver ?

Oana : Belle question classique d'entretien d'embauche ! Je peux progresser dans tous les sens et tout le temps. La curiosité et la quête de sens sont mes moteurs d'amélioration.

Ce qui marche le mieux pour moi est de me dire tous les matins : comment ce que je compte faire aujourd'hui aidera les gens avec lesquels je travaille à être fiers de ce qu'il font ? Au passage, comment ce que je compte faire m'aide à être fière de mes actions et de mes initiatives ?

Et à la fin de la journée, il y une petite évaluation absolument agaçante qui s'appelle "la prise de conscience de mon niveau d'écoute aujourd'hui". Ca se déroule ainsi :

  • Aujourd'hui, combien de temps as-tu parlé pour pousser tes idées ?
  • Aujourd'hui, combien de temps as-tu observé des faits sans les juger ?
  • Aujourd'hui, combien de temps as-tu écouté pour comprendre le point de vue de la personne qui parlait ?
  • Aujourd'hui, combien de nouvelles idées qui sont prêtes à émerger as-tu détecté dans tes conversations ?

    Je te la conseille vivement, en ce qui me concerne, il n'y a pas mieux, pour me sortir de mes gonds, pardon zone de confort je veux dire...

InfoQ FR : Comment percevez-vous le déploiement de l'Agile dans les organisations françaises ?

Oana : J'interprète ce que j'observe comme une vrai appétence, car je pense que l'Agilité a été détecté comme un espoir pour regagner l'estime de soi au travail. Un espoir pour répondre à un changement économique et social de taille. Pour se dire que ce n'est pas la fin de l'économie, c'est juste la fin d'un monde qui a atteint ses limites de consommation et du rapport sacrificiel salarié-entreprise. Et la fin de ce monde là, c'est juste une bonne nouvelle, car nous pouvons essayer autre chose, comme l'Agilité. Il n'y pas plus porteur qu'un porteur d'espoir.

D'un autre côté, il y a un effet de mode extraordinaire, que je ne soupçonnais pas du tout il y dix ans quand j'ai commencé à travailler en mode Agile, et dont l'impact m'enthousiasme. C'est un mot clé qui semble ouvrir toutes les portes. J'avoue (j'avais dit que c'était le moment des confessions, non ?) qu'à force d'être un mot clé, je crains qu'il ne devienne un mot valise.

Bon je m'arrête et à partir d'ici, je laisse la parole aux analystes pour s'exprimer bien mieux que moi sur la taille, la couleur et autres caractéristiques attractives et/ou menaçantes du mouvement Agile.

InfoQ FR : Comment analysez-vous le développement du coaching agile sur les dernières années ?

Oana : Le moment des confessions est arrivé ! L'analyse n'est pas mon fort. Je suis plutôt du style "je m'enthousiasme pour une idée et je fonce". Je ne m'estime pas très compétente pour estimer le développement du mouvement "coaching Agile".

Le coaching Agile n'a pas vraiment de frontières et de réglementations, et je me dis que ce n'est pas plus mal comme ça ! J'ai des réserves sur les initiatives qui essaient de récupérer la légitimité du coaching Agile pour valider que le reste de l'écosystème du coaching soit conforme à l'image que ces initiatives veulent donner du coaching Agile.

Pour le reste, je laisse parler encore une fois les analystes pro...

InfoQ FR : Si nos lecteurs veulent se lancer, par où leur conseilleriez-vous de commencer ?

Oana : Par s'entrainer à écouter. Par comprendre pourquoi ils veulent se lancer dans cette voie : pourquoi le coaching Agile fera d'eux des professionnels accomplis et heureux ? Pour répondre à la question : qu'est-ce que les principes Agiles me disent à moi ? Comment ils résonnent avec qui je suis, mon expérience et mes aspirations ?

Le reste viendra de soi. Un pas utile est de participer à la communauté Agile qui est très, très généreuse en événements. Tout nouvel arrivé est chaleureusement accueilli et expérimentera un bain revigorant de partage et de collaboration sans condition. Il suffit de chercher sur le net "MeetUp Agile" et le nom de la ville ou ils se trouvent. Ils seront surement bien servis :)

InfoQ FR : Quelles sont les tendances qui vous ont étonnées récemment et que vous pourriez partager avec nos lecteurs ?

Oana : En principe, rien de m'étonne. Je suis structurellement curieuse de tout ! Et j'ai un a priori sur le mot "étonnement". Je le trouve un peu trop critique, limite méprisant. C'est à cause de l'expression politiquement correcte "rapport d'"étonnement" que j'ai toujours trouvé comme un exemple parfait d'hypocrisie pour descendre une situation en utilisant des euphémismes hautement chics. Mais cela reste bien sûr, seulement ma perception.

J'aimerais utiliser plutôt le mot "émerveillement". Cela correspond plus à mon désir d'exploration à tous azimuts.

Ce qui m'émerveille en ce moment est la tendance de plus en plus forte de sortir l'Agilité des murs informatiques pour se concentrer sur ce que chaque compétence peut contribuer à un résultat commun.

Je suis aussi ravie de voir le focus sur la culture comme facteur incontournable, plutôt que la focalisation sur un processus et la conformité avec. J'ai entendu de moins en mois de demandes de missions "d'audit de l'Agilité". Je m'en réjouis. Je ne pense pas que les graphs en toiles d'araignée qui disent qu'on est à 5/5 sur les daily meetings servent à autre chose qu'à remplir un "livrable powerpoint" qui prend de la poussière avant d'atterrir dans le dossier d'archivage où il sera destiné à s'assoupir.

Il y a tout de même un "réflexe" de l'agilité, dans son enthousiasme et son ouverture, qui me perturbe quelque peu. C'est la tendance d'engloutir dans son giron toute une histoire de créativité, psychologie, management, développement software, etc. J'ai entendu citer récemment une technique de thérapie, définie comme telle dans les années 1970, par les thérapeutes et assistants sociaux Steve de Shaezer et Kim Berg, Solution Focused, comme une pratique issue de l'Agilité. Le même traitement est appliqué au Design Thinking. Je me demande ce que Tim Brown pensait de l'Agilité dans les années 1985-1990 quand il a commencé à travaillé dessus. Le "Creative Commons" est un concept merveilleux et cette mouvance de mettre l'Agilité comme source de toute bonne idée est portée par les meilleures intentions. Tout de même, je n'arrive pas à me résoudre à ne pas donner de crédit aux sources d'inspiration. Bientôt va-t-on dire que nous avons la théorie de la relativité grâce à l'Agilité qui l'a inventé ? En fin de compte, Albert Einstein avait bien l'état d'esprit Agile ! Si on cherche avec application, nous nous aperceverons peut-être qu'il était un coach Agile de la relativité générale qui a oublié de construire une certification flash à ce propos.

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