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La Voix du Coach - Alexandre Boutin

| Écrit par Stéphane Wojewoda Suivre 8 Abonnés le 04 avr. 2016. Durée de lecture estimée: 9 minutes |

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InfoQ FR : Pourriez-vous vous présenter et expliquer à nos lecteurs votre définition de votre métier ?

Alexandre : J'aime me présenter comme un maître cuisinier qui a pour objectif d'aider les individus que j'accompagne à devenir des chefs cuisiniers. En effet, en agilité, comme dans la cuisine, il ne suffit pas de disposer des bons ingrédients et d'une recette pour réussir un plat délicieux. Il faut déjà apprendre le coup de main, savoir également ajouter l'ingrédient secret qui va sublimer le plat, ou diminuer une quantité en fonction des goûts culinaires des invités.

Et sinon, je revendique le terme de "coachagile", en un seul mot, et non de "coach agile" qui signifierait que je fais uniquement du coaching.

C'est à dire que je suis à la fois coach (qui incite à réfléchir sans proposer) et consultant (qui fait lui même pour montrer le bon chemin), en fonction des situations que je rencontre.

InfoQ FR : Pourriez-vous revenir sur votre parcours et ce qui vous a mené à votre pratique actuelle ?

Alexandre : Ma carrière a été plutôt agréable, au sein de 3 sociétés durant mes premières années, développeur, chef de projet, chargé d’affaires, directeur de projet, puis manager de plus de 100 personnes à 35 ans.

A 40ans, virage total avec la découverte du monde du numérique chez un grand du web (Yahoo!) pour m’occuper de la stratégie de développement logiciel à l’international (Europe, Inde, Asie, Amérique Latine), période au cours de laquelle j'ai découvert l'agilité.

Et à 45 ans, encore un virage serré (et forcé) pour m’installer comme indépendant expert des méthodes Agiles... et ne plus savoir où donner de la tête tellement la demande est forte.

Durant toutes ces années, je me suis toujours intéressé aux méthodologie de développement logiciel. Bien souvent, je sentais qu'il fallait digresser de la méthode pour obtenir plus d'efficacité, en particulier en termes d'engagement des personnes. Et je me rappelle avoir souvent dit qu'une équipe qui en avait envie pouvait réussir un projet quelque soit la méthode utilisée.

Avec l'agilité, j'ai découvert des valeurs et des techniques pour faire cohabiter méthode et humain. Bref, exactement ce que je cherchais sans le savoir.

InfoQ FR : Concrètement, comment se traduit votre métier au quotidien ? Qu'est-ce que vous faîtes ?

Alexandre : J'aide les personnes à atteindre leurs objectifs et je le fais quasiment exclusivement en présentiel sur leur lieu de travail.

Je cherche toujours à comprendre le sens des missions qui me sont proposées pour vérifier qu'elles soient alignées avec mes valeurs et m'assurer que je puisse bien y apporter de la valeur.

En termes concret, cela peut concerner de la formation ponctuelle (découverte de l'agilité, Scrum, Kanban, Exigences agiles, Techniques de facilitation...), l'accompagnement de quelques jours sur quelques mois d'une équipe souhaitant mettre en place une méthode agile, l'animation de séminaires d'équipe (de 1 à 3 jours) à base de jeux, l'évaluation de la pratique de l'agilité au sein d'une équipe ou d'une organisation, ou plus simplement l'accompagnement régulier des personnes sur plusieurs années pour les aider à progresser dans leur pratique et compréhension de l'agilité.

InfoQ FR : Quelles sont vos sources d’inspiration et de formation ?

Alexandre : J'avoue que je suis un très mauvais lecteur, et je suis souvent envieux de certains de mes collègues qui arrivent à lire un, voire plusieurs livres par semaine.

Je suis plutôt un butineur, comme les abeilles et les papillons des forums ouverts, et je m'enrichis de plein de petites choses glanées à droite ou à gauche (livres, articles, web, échanges, conférences ...) que je synthétise durant quelques jours ou quelques mois, puis que je restitue à ma façon.

J'investis beaucoup de temps dans les échanges entre experts, que ce soit lors des conférences agiles auxquelles je participe assidûment depuis de nombreuses années, et durant lesquelles je passe souvent plus de temps à discuter qu'à assister aux sessions, ou au sein de petites communautés comme la Fédération Agile, ou d'associations comme le CARA (Club Agile Rhône Alpes).

Je suis également un spécialiste de l'utilisation des jeux (agiles ou non), que ce soit pour l'enseignement, pour animer une réunion, pour innover, ou tout simplement pour passer un bon moment. J'ai d'ailleurs créé ou co-créé quelques jeux qui sont particulièrement appréciés par la communauté agile (The Big Payoff, Au Tableau, Casino Game), et je suis à l'origine d'une conférence unique et non organisée durant laquelle nous jouons et partageons notre passion durant 2 jours (Agile Games France).

J'aime également mettre en avant le concept de "Serendipity" que je traduis par le fait d'être certain de trouver quelque chose d'intéressant dans une situation, sans savoir au préalable ce que l'on pensait en retirer.

InfoQ FR : Pour vous, quelle est la partie la plus intéressante de ce que vous faîtes ?

Alexandre : Prendre conscience du chemin parcouru par les individus que j'accompagne et me dire que j'y ai un peu contribué.

Je préfère donc les missions qui s’étalent sur plusieurs mois, voire des années, plutôt que les opérations très ponctuelles. Par exemple, je me sens toujours un peu frustré lorsque je forme des personnes et que je ne les accompagne pas dans la continuité de leur formation. En effet, j'aimerais bien savoir comment elles ont évolué suite à ma formation et où elles en sont de leur compréhension de l'agilité. C'est à dire si j'utilise un terme agile, de refermer la boucle feedback.

InfoQ FR : A l'inverse, qu'est-ce qui vous paraît compliqué dans la posture du coach ?

Alexandre : Ce qui est parfois compliqué, c'est d'être missionné par un manager pour de bonnes raisons (comme par exemple de vouloir aider les personnes de son équipe à grandir en utilisant des concepts agiles comme moyen), puis de sentir que l'équipe est sur la réserve, souvent par crainte du changement qui s'annonce et des incertitudes qui l'accompagnent.

Même si je suis convaincu des bénéfices que chacun pourra en retirer, je dois tout d'abord établir un lien de confiance avec l'équipe et chaque équipier. Et dans certaines situations délicates, je manque d'outils ou de techniques, parfois de temps, pour y arriver.

InfoQ FR : Quelles sont vos plus belles réussites en tant que coach ?

Alexandre : Je me rappelle par exemple d'une équipe de 6 sous-traitants chez un grand des Telecom avec un PO à distance, qui avait tellement apprécié l'agilité que leur manager m'avait dit un peu gêné "Tu m'embêtes Alexandre, car maintenant ils ne veulent plus que faire de l'agilité, comment je fais pour leur trouver une mission agile moi ?", il est vrai que nous étions en 2010.

Cette équipe était performante et chaque personne avait vraiment "la banane" et rayonnait d'envie et de plaisir... Et en plus, les clients et utilisateurs étaient super contents.

Et sinon, dans un autre cas, avoir aidé un manager d'une douzaine de personnes à lâcher prise, et de constater au bout de plusieurs mois que son équipe avait progressé en maturité, avait constaté son changement de comportement et le remerciait pour cela.

InfoQ FR : Quels sont vos plus criants échecs ? Qu'en avez-vous appris ?

Alexandre : Je dis souvent que l'agilité n'est pas magique et qu'un projet impossible ne sera jamais sauvé par l'agilité.

Sur mes échecs, j'ai réalisé que bien souvent je n'avais pas suffisamment préparé la mission (souvent parce que les personnes ne souhaitaient pas être accompagnées ou qu'il y avait des objectifs cachés non alignés avec mes valeurs), que je n'avais pas assez insisté pour laisser du temps à l'équipe pour qu'elle se constitue (souvent parce qu'un donneur d'ordre avait des exigences de résultats rapides), ou que je ne prenais pas le temps de m'assurer que tous les problèmes étaient bien en cours de traitement (souvent parce qu'il y en avait tellement que je me concentrais seulement sur la résolution des plus importants).

InfoQ FR : Comment percevez-vous le déploiement de l'Agile dans les organisations françaises ?

Alexandre : Lorsque j'ai commencé début 2009, le terme "agile" sur un moteur de recherche d'emploi donnait "0 résultat". Alors qu'aujourd'hui, le terme agile est présent dans 90% des offres d'emploi dans le domaine informatique. Un ami dirigeant me disait dernièrement en souriant "si à 40 ans, ton équipe n'est pas agile, tu as raté ta vie", en paraphrasant un célèbre publicitaire.

Donc, je dirais que tout va très vite actuellement en France, que beaucoup de sociétés veulent de l'agilité sans vraiment savoir ce que cela veut dire et en pensant que cette "nouvelle méthode en vogue" va régler tous leurs problèmes, qu'elles sont pas ou mal accompagnées et parfois, ne sont pas prêtes à accepter les changements structurels et humains induits par l'agilité.

InfoQ FR : Comment analysez-vous le développement du coaching agile sur les dernières années ?

Alexandre : Il y a actuellement environ 1 000 coachs agile référencés sur Viadeo et 10 000 sur LinkedIn, donc je dirais clairement que cela se développe.

Et parmi tous ces coachs, combien prennent vraiment le temps de venir aux nombreuses conférences agiles pour partager leur savoir, osent prendre des risques et se remettre en question, et veulent progresser dans leurs activités et leurs connaissances ? Sûrement beaucoup moins.

Je me dis que ce développement est peut être trop rapide pour qu'il reste de qualité. Et pourtant, je comprends qu'il faut bien répondre à la demande, et donc que ce qui se passe est normal et qu'en bons agilistes, nous en tirerons des enseignements pour nous adapter dans le futur.

InfoQ FR : Si nos lecteurs veulent se lancer, par où leur conseilleriez-vous de commencer ?

Alexandre : Commencer par aller à toutes les conférences agiles possibles (en France ou à l'étranger) et de ne pas hésiter à prendre le risque de proposer un nouveau sujet.

Ensuite, s'interroger sur l'envie de faire ce métier et identifier ce qu'il faut apprendre pour être en mesure de le réaliser de la meilleure façon qu'il soit.

InfoQ FR : Quelles sont les tendances qui vous ont étonné récemment et que vous pourriez partager avec nos lecteurs ?

Alexandre : En termes de livres, tout ce qui tourne autour de l'entreprise libérée, en commençant par "la belle histoire de Favi" de J-F. Zobrist, puis "Liberté & Cie" d'Isaac Getz, et enfin "Les employés d'abord, les clients ensuite" de Vineet Nayar. Ce sont les seuls que j'ai vraiment dévorés dernièrement.

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