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La Voix du Coach - Christophe Keromen

| Écrit par Stéphane Wojewoda Suivre 8 Abonnés le 19 avr. 2016. Durée de lecture estimée: 10 minutes |

La voix du Coach

A l'heure du digital et de l'Agile à l'échelle de l'entreprise, les offres pour accompagner les équipes et organisations dans ces mutations se multiplient, et la transition reste toujours délicate et longue. Pour démêler les discours, InfoQ FR propose un panorama hétéroclite de ces accompagnants de l'agilité, souvent appelés "coachs", pour donner une voix à ce "métier", et aussi un visage, des pratiques, des modes d'agir dans les organisations.

Cette série propose la vision de coachs français sur leur définition du coaching, leur parcours, leurs réussites et échecs, ainsi que des conseils et éléments de réflexion actuels.

Christophe Keromen

Christophe Keromen se présente sous un portrait chinois, en citant tout d'abord Goethe : "Traitez les gens comme s'ils étaient ce qu’ils devraient être et vous les aiderez ainsi à devenir ce qu'ils peuvent être" ; puis en faisant référence à une règle de conduite du Jeet Kune Do, technique martiale créée par Bruce Lee : «On absorbe ce qui nous est utile, on rejette ce qui ne l'est pas, et on ajoute ce qui nous appartient».

 

InfoQ FR : Pourriez-vous vous présenter et expliquer à nos lecteurs votre définition de votre métier ?

Christophe : Je suis Coach agile. Personne ne sait exactement ce que ça veut dire et c'est généralement un des premiers sujets de discussion entre moi et les parties prenantes de mes missions.

Après une longue période d'indépendance, je suis depuis 2014 salarié du cabinet Goood, développeur d'agilité. Sur ma carte de visite figure « catalyseur respectueux », ce qui me paraît bien plus représentatif que coach agile ! Sur mon mail perso figure la signature "accompagnateur de l’innovation, la performance et l’inspiration collective".

Comme beaucoup de mes confrères, j'empile les couvre-chefs : coach, agent de transformation, facilitateur, game changer, formateur, mentor, conseil et souvent bouc émissaire des dysfonctionnements internes des entreprises...

Cela tourne parfois à l'équilibrisme et j'apprécie les séances de supervision pour m'aider à remettre un peu d'ordre dans le système (je vois des systèmes partout). Cherchant inlassablement à retrouver du sens aux choses, certains me surnomment "Mister Why". Je comprends que des fois ça énerve... Mais pourquoi finalement ?

InfoQ FR : Pourriez-vous revenir sur votre parcours et ce qui vous a mené à votre pratique actuelle ?

Christophe :

  • De 1985 à 2010, pratique de l'IT sous toutes ses formes, principalement en tant qu’indépendant, sauf de 2007 à 2010 où je fus salarié de 4D SAS, éditeur de plateforme de développement.
  • Fin des années 80 et début 90, utilisation de RAD pour apprendre à développer des interfaces graphiques sur ces nouvelles bêtes bizarres : les Macintosh.
  • Découverte de l'agilité en 2002 avec stupéfaction : d'autres personnes avec les mêmes problèmes que moi, explorent les mêmes pistes et sont surtout beaucoup plus avancées ! Premier article sur l’agilité en 2002. Utilisation désordonnée de pratiques agiles, tentative d’introduction auprès de différents partenaires et clients.
  • 2010 : démission de mon poste de Product Manager chez 4D SAS, formation à la PNL. Participation à Agile Morbihan avec Dominique de Prémorel. Co-organisation d’Agile Tour Vannes. Participation à différentes communautés. Collaboration avec Agilbee en conception et animation de formations.
  • 2012 : accompagnement d’équipe, supervisé par Laurent Morisseau.
  • 2013 : sous la houlette de Régis Médina, participation à l’aventure de la rédaction en mode booksprint du « petit guide de management lean à l’usage des équipes agiles ».
  • 2014 : en février, je rejoins Coactiv devenu Goood fin 2015.

InfoQ FR : Concrètement, comment se traduit votre métier au quotidien ? Qu'est-ce que vous faîtes ?

Christophe : J’interviens moins maintenant auprès d’équipes, quoique j’applique ponctuellement une démarche progressive et modulaire élaborée en collaboration avec Yannick Quenech’du et les coachs présents chez AXA GS en 2015. Cela consiste à la mise en place d’un management visuel, puis d’ateliers réguliers d’amélioration continue, ensuite de pratiques de gestion de flux (inspiration Don Reinertsen et Kanban).

En parallèle, j’accompagne les managers dans les changements de modèles mentaux nécessaires au soutien des équipes agiles. J’insuffle également des éléments de Culture Produit côté métier.

Je suis plus amené aujourd'hui à des missions de coaching d’organisation, accompagnant des entreprises dans une recherche d’agilité : donner du sens aux transformations, détricoter des frameworks "baguette magique" comme SAFe, sensibiliser les managers à devenir coachs agiles de leurs équipes...

Que des trucs sans fin, genre mélange du mythe de Sisyphe et du tonneau des Danaïdes !

InfoQ FR : Quelles sont vos sources d’inspiration et de formation ?

Christophe : "Ecole" de Palo-Alto : "Toujours plus de la même chose donne toujours plus du même résultat", Paul Watzlawick.

Et par ordre d’apparition :

  • RAD et le prototypage
  • XP via le livre de Kent Beck et celui de Laurent Bossavit 2001
  • Scrum et Scrum at Scale par Craig Larman
  • Kanban via et avec Laurent Morisseau
  • Lean Management avec Régis Médina
  • Systémique avec Jacques-Antoine Malarewicz et Peter Senge
  • Systèmes complexes via Dave Snowden
  • Lean Product Development via Don Reinertsen
  • Lean Change Management via Jason Little
  • PNL, coaching, AT, CNV…

Sans omettre Henri Michaux : "Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage".

InfoQ FR : Pour vous, quelle est la partie la plus intéressante de ce que vous faites ?

Christophe : Simplifier les processus, aider les personnes à retrouver du sens à leur métier, voir les groupes d’individus se transformer en équipe, les managers abandonner les reporting Powerpoint pour assister à un Daily Meeting et poser des questions puissantes.

Contribuer à un changement durable qui s’installe dans la culture de l’entreprise.

InfoQ FR : A l'inverse, qu'est-ce qui vous paraît compliqué dans la posture du coach ?

Christophe : Le décalage initial entre notre modèle du monde (nous les coachs) issu d’années de lectures, formations, pratiques, et celui des différents acteurs du système où nous intervenons.

La lourdeur des processus et structures soigneusement construits au fil des années par les grands groupes. Et le gâchis monstrueux que cela entraîne, humain et économique. L’intervention sur des demandes de type solution, c'est-à-dire qui ne correspondent pas aux véritables problèmes et l’absence de soutien et d’engagement du top management.

Le manque de temps des personnes et équipes accompagnées, comment effectuer la transformation profonde que requiert l’agilité sans y consacrer du temps et y investir de l’énergie ?

Enfin, les équipes multi-localisées ! Je rêve de mesures du gâchis que cela entraîne. C’est abyssal. Si vous cherchez une mesure radicale pour améliorer la productivité de vos équipes multi-localisées, n’embauchez pas un coach agile. Commencez par re-localiser les personnes qui travaillent sur un même produit !

InfoQ FR : Quelles sont vos plus belles réussites en tant que coach ?

Christophe : Des encours et des temps de livraison ou de résolution qui diminuent. Des lumières dans les yeux plus que des résultats chiffrés, tant c’est avant tout pour et avec les personnes que l’on travaille. Des équipes qui célèbrent leurs succès et leurs apprentissages. Des managers qui démissionnent parce qu’ils ne supportent plus la culture de défiance et de peur de leur entreprise.

Ah oui, ça peut être dangereux l’agilité :-)

InfoQ FR : Quels sont vos plus criants échecs ? Qu'en avez-vous appris ?

Christophe : Des accompagnements d’équipes qui se heurtent aux incompréhensions managériales, aux manques d’intérêt des décideurs, voire du métier. Des espoirs déçus au niveau des équipiers. Des incompréhensions relationnelles. Des échecs et des problèmes rencontrés au niveau des équipes de développement à escalader. Des positions acrobatiques entre position confrontante et posture non impactante.

Apprentissages ? Relativiser l’échec face au contexte. L’importance de la supervision pour prendre du recul, analyser ses difficultés. Chercher à trouver du support le plus haut possible dans la hiérarchie. Rendre le middle-management acteur des transformations. Installer des boucles de feedback à tous les niveaux. Relier la démarche agile à des objectifs métier.

InfoQ FR : Comment percevez-vous le déploiement de l'Agile dans les organisations françaises ?

Christophe : La demande est forte.

On parle d’agile partout (même les voitures sont agiles !) et chacun a sa définition. Quand un décideur parle d’entreprise agile, cela n’a pourtant souvent pas grand chose à voir avec ce que vit un développeur dans une équipe Scrum.

J’ai écrit un article Vers une entreprise plus agile... et donné une conférence au ScrumDay 2015 là-dessus : "Organisation agile ? Scrum is not enough".

Beaucoup d’idées fausses, d’incompréhensions. Déjà dans la formulation de la question :-)

Pour moi, l’agile ne se déploie pas, c’est déjà une idée fausse. On agit avec les personnes en co-construction pour faire émerger des améliorations spécifiques au contexte.

Des confusions du style "on est agile parce qu’on fait du Scrum". Beaucoup de mise en œuvre défaillante de Scrum, en particulier dans l’escalade des impedimenta hors responsabilité de l’équipe. Aussi, souvent du Scrum et pas de pratiques de software craftsmanship. Le niveau est très très hétérogène sur les pratiques de développement.

Souvent des approches orientées optimisation locale (équipes de dev) au détriment du "system as a whole", de la considération de la chaîne de production de valeur.

Généralement, une sous-estimation des efforts nécessaires, des choses que l’on doit arrêter de faire, des comportements à modifier, de ce que l’on doit enlever et pas seulement ajouter. Une attente d’un effet baguette magique, sans requérir d’effort, de sacrifice...

C’est assez négatif comme tableau ? Oui, je trouve que globalement c’est difficile. Il reste beaucoup à faire. Beaucoup.

InfoQ FR : Comment analysez-vous le développement du coaching agile sur les dernières années ?

Christophe : Je suis formé au coaching individuel et cela a beaucoup influencé ma pratique et ma vision du métier. Je pense que le métier se complexifie et se spécialise :

  • coach technique IT
  • coach de transformation
  • coach culture produit
  • coach d’entreprise agile

J’ai écrit deux articles là-dessus, Coach agile, une créature hybride.

Le nombre de sujets à maîtriser est exponentiel, (en vrac : Management 3.0, Beyond Budgeting, Scaling Agile, Spirale Dynamique, Process Com, Design Thinking, Reinventing Organizations...). En parallèle, les entreprises demandent de former en 2j des coachs internes qui n’ont jamais fait partie d’une équipe agile .

Coach agile, ça ne veut vraiment plus dire grand chose...

D’autant plus que le mouvement des "entreprises libérées et du bonheur au travail" amène les cabinets de conseil, de coaching "traditionnel" à s’intéresser à l’agilité. J’ai des collègues de promotion coachs qui ajoutent du jour au lendemain le buzzword "agile" à leurs carte de visite.

Il va peut-être falloir inventer de nouveaux mots... Qui a dit "catalyseur respectueux" ?

InfoQ FR : Si nos lecteurs veulent se lancer, par où leur conseilleriez-vous de commencer ?

Christophe : Une formation ? De la lecture ? De la pratique. La fréquentation des communautés. La communauté agile est incroyable, d’une richesse, d’une énergie, d’une générosité, d’une créativité admirable. Des tribus de passionnés !

InfoQ FR : Quelles sont les tendances qui vous ont étonné récemment et que vous pourriez partager avec nos lecteurs ?

Christophe : J’aime particulièrement l’utilisation des canevas, popularisée par Alexander Osterwalder. Je trouve cette idée de rassembler tous les éléments d’une définition de stratégie sur un seul grand format particulièrement efficace. Et comme pour les User Stories ou le Planning Poker, l’intérêt principal se situe dans la conversation que la construction suscite, plus que dans le résultat final.

Sinon, je suis passionné par les neurosciences et par les confirmations qu’elles apportent au bien-fondé de nombres de pratiques agiles.

Conseil de vieux sage (?) : ne succombez pas systématiquement aux sirènes de la modernité. Des ouvrages comme ceux de Peter Senge (5ème Discipline), Kenneth Rubin (Essential Scrum), Craig Larman et Bas Vodde (Scaling Lean & Agile Development), etc., font toujours référence.

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